Rapport locatif : comment l’établir, quelles informations inclure et pourquoi il intéresse les banques

Rapport locatif : comment l’établir, quelles informations inclure et pourquoi il intéresse les banques

Rapport locatif : comment l’établir, quelles informations inclure et pourquoi il intéresse les banques

Qu’est-ce qu’un rapport locatif et à quoi sert-il vraiment ?

Lorsque vous sollicitez un crédit immobilier pour un investissement locatif, la banque ne regarde pas seulement vos revenus professionnels. Elle veut aussi savoir comment vos biens loués (ou à louer) vont contribuer au remboursement du prêt. C’est là qu’intervient le fameux rapport locatif.

Concrètement, le rapport locatif est un document synthétique qui présente :

  • vos biens immobiliers mis en location (ou destinés à l’être) ;
  • les loyers perçus (ou prévus) ;
  • les charges et frais associés ;
  • le résultat locatif (positif ou négatif) qui sera intégré dans votre capacité d’emprunt.
  • Ce n’est pas un document « officiel » avec un modèle imposé par la loi. C’est un outil de lecture pour le banquier… et, idéalement, pour vous. Bien préparé, il peut faire la différence entre un dossier qui traîne et un dossier qui passe.

    Pourquoi les banques accordent autant d’importance au rapport locatif ?

    Pour la banque, un investisseur immobilier n’est pas jugé uniquement sur son salaire. Elle se demande : “Les loyers vont-ils sécuriser ou fragiliser le remboursement du prêt ?”

    Le rapport locatif répond à plusieurs questions clés :

  • Votre patrimoine locatif est-il réellement rentable ? Un bien qui « perd » 200 € par mois n’a pas le même impact qu’un bien qui génère 150 € de cash-flow positif.
  • Votre taux d’endettement calculé est-il réaliste ? Les banques réintègrent une partie des loyers (généralement 70 % à 90 %) dans vos revenus, mais encore faut-il que ces loyers soient crédibles et justifiés.
  • Êtes-vous un investisseur structuré ou approximatif ? Un rapport clair, argumenté et cohérent inspire confiance. L’inverse inquiète immédiatement.
  • En pratique, un bon rapport locatif permet :

  • de maximiser la prise en compte de vos loyers dans le calcul de la capacité d’emprunt ;
  • de rassurer la banque sur la pérennité de vos revenus locatifs ;
  • de accélérer l’étude de votre dossier (moins d’allers-retours, moins de questions).
  • À l’inverse, un rapport imprécis ou incomplet peut conduire la banque à :

  • minoriser vos revenus locatifs ;
  • considérer certains biens comme déficitaires par prudence ;
  • réduire le montant qu’elle est prête à vous prêter… voire refuser le dossier.
  • À quel moment préparer un rapport locatif ?

    Vous avez tout intérêt à préparer un rapport locatif dans les situations suivantes :

  • Vous avez déjà un ou plusieurs biens en location et vous sollicitez un nouveau crédit (résidence principale, résidence secondaire ou nouvel investissement).
  • Vous faites un premier investissement locatif et vous devez détailler vos hypothèses de loyers, charges et rentabilité prévisionnelle.
  • Vous avez un patrimoine locatif en croissance (3, 4, 5 biens et plus) : à partir d’un certain point, la banque ne peut plus se contenter de lire votre avis d’imposition, elle doit y voir clair.
  • Un bon réflexe : ne pas attendre que la banque vous le demande. Arriver avec un rapport locatif structuré montre que vous maîtrisez votre projet. Et cela vous oblige, vous aussi, à vérifier la cohérence de vos chiffres.

    Les informations indispensables à inclure dans un rapport locatif

    Le rapport locatif doit être à la fois complet et lisible. L’idéal est de présenter le tout sur un tableau synthétique, éventuellement sur une page ou deux.

    Voici les rubriques à faire apparaître pour chaque bien :

    1. Informations générales sur le bien

  • Adresse (ou au minimum la ville/quartier) ;
  • Type de bien : studio, T2, maison, immeuble, colocation, etc. ;
  • Surface habitable ;
  • Date d’acquisition ;
  • Régime de location : nue, meublée, saisonnière, colocation, bail commercial…
  • La banque veut situer le bien : localisation, taille, ancienneté dans votre patrimoine et type de location (certains modes sont jugés plus “risqués” ou plus fluctuants : saisonnier, courte durée…).

    2. Données financières liées au crédit

  • Capital restant dû ;
  • Durée restante ;
  • Mensualité du prêt (hors assurance) ;
  • Assurance emprunteur (si séparée) ;
  • Taux nominal et type de taux (fixe, variable, révisable).
  • Ces informations permettent à la banque de calculer la charge financière nette liée à chaque bien. Si vous avez renégocié ou regroupé des crédits, indiquez-le clairement.

    3. Revenus locatifs

  • Loyer mensuel hors charges (loyer nu, hors provisions de charges récupérables) ;
  • Charges récupérées auprès du locataire (si vous souhaitez les mentionner) ;
  • Type de bail et date de début de location ;
  • Taux d’occupation (pour la location saisonnière notamment).
  • Pour un bien déjà loué, appuyez-vous sur :

  • le bail en cours ;
  • les derniers avis d’échéance ou relevés de gestion si vous passez par une agence ;
  • l’avis d’imposition foncier pour confirmer les montants annuels.
  • Pour un bien futur (achat en cours) :

  • estimation de loyer basée sur les annonces locales, étude de marché ou évaluation d’agence ;
  • référence à une source sérieuse (site d’annonces, donnée de marché, calculer le loyer au m² comparable dans le quartier).
  • 4. Charges et frais liés au bien

    La plupart des investisseurs sous-estiment cet aspect. Or c’est exactement

  • Charges de copropriété non récupérables ;
  • Taxe foncière (en précisant si la TEOM est refacturée au locataire ou non) ;
  • Assurance propriétaire non occupant (PNO) ;
  • Frais de gestion locative (si vous passez par une agence) ;
  • Entretien courant estimé (en moyenne annuelle) ;
  • Vacance locative estimée (exprimée en % du loyer annuel ou en mois par an).
  • Si vous êtes en location meublée ou saisonnière, pensez à ajouter :

  • Renouvellement du mobilier (amorti sur plusieurs années) ;
  • Frais de plateforme (type Airbnb, Booking, Channel Manager, etc.) ;
  • Ménage, blanchisserie, conciergerie éventuelle.
  • 5. Résultat locatif et indicateurs clés

    Pour chaque bien, calculez au minimum :

  • Cash-flow mensuel : Loyer net – (mensualité de prêt + charges non récupérables). Précisez s’il est positif ou négatif.
  • Rendement brut : Loyer annuel / Prix d’achat (frais inclus) ;
  • Éventuellement, si vous êtes à l’aise : rendement net (après charges principales, hors fiscalité).
  • La banque ne vous demande pas de faire une thèse de finance, mais elle sera sensible au fait que vous ayez un minimum d’indicateurs chiffrés. Un investisseur qui connaît son rendement brut et son cash-flow inspire davantage confiance qu’un investisseur qui “pense que ça se paie tout seul”.

    Comment présenter concrètement un rapport locatif ?

    Le plus efficace reste le format tableau, que ce soit sous Excel ou dans un document PDF bien mis en forme. Votre objectif : que le conseiller bancaire comprenne votre situation en une minute de lecture.

    Vous pouvez organiser votre rapport ainsi :

  • Une page de synthèse globale : total des loyers, total des charges, total des mensualités, cash-flow total de votre patrimoine locatif.
  • Ensuite, un tableau par bien ou un tableau global avec une ligne par bien et des colonnes claires (adresse, type, loyer, mensualité, charges, résultat, etc.).
  • Exemple simplifié de structure de tableau :

  • Colonne 1 : Adresse / Ville
  • Colonne 2 : Type de bien (T2, studio, maison…)
  • Colonne 3 : Loyer mensuel HC
  • Colonne 4 : Charges mensuelles non récupérables
  • Colonne 5 : Mensualité de crédit (capital + intérêts + assurance)
  • Colonne 6 : Cash-flow mensuel
  • Colonne 7 : Rendement brut (%)
  • Pour un dossier de crédit sérieux, vous pouvez joindre ce rapport locatif en annexe de votre demande, avec :

  • Vos baux en cours ;
  • Les tableaux d’amortissement des prêts ;
  • Le dernier avis d’imposition (pour corroborer les montants).
  • L’idée n’est pas d’inonder le banquier de documents, mais de prémâcher le travail : il doit retrouver les mêmes chiffres sur vos justificatifs et dans votre rapport locatif.

    Rapport locatif : erreurs fréquentes qui font tiquer les banques

    Certaines approximations passent difficilement auprès d’un analyste crédit expérimenté. Voici quelques pièges à éviter.

    Sous-estimer les charges et la vacance locative

    Affirmer que votre bien en location saisonnière est loué 12 mois sur 12, sans frais de ménage ni vacance, revient à dire à la banque : “Je ne connais pas mon marché”.

    Corrigez le tir en prévoyant :

  • Un taux d’occupation réaliste (par exemple 60 % à 75 % selon la zone) ;
  • Une ligne “vacance locative” pour les locations classiques (1 mois tous les 2 ou 3 ans, par prudence) ;
  • Des charges cohérentes (taxe foncière, entretien, etc.).
  • Gonfler les loyers prévisionnels

    La banque a l’habitude de voir passer des estimations de loyers “optimistes”. Si vos loyers prévisionnels sont largement supérieurs au marché, l’analyste réduira mécaniquement le montant pris en compte, voire remettra en cause la faisabilité du projet.

    Appuyez-vous sur :

  • Des annonces comparables ;
  • Une étude de marché d’agent immobilier ;
  • Des références de loyers moyens au m² dans le quartier.
  • Oublier certains postes de dépenses

    Ne pas intégrer la taxe foncière ou les frais d’agence peut vous rendre artificiellement rentable… sur le papier. La banque, elle, les ajoutera dans ses propres calculs.

    Résultat : écart entre votre rapport et l’analyse interne, donc méfiance.

    Ne pas distinguer charges récupérables et non récupérables

    Pour le banquier, ce qui compte, c’est ce qui reste réellement à votre charge. Si vous mélangez tout, il aura du mal à s’y retrouver et prendra des hypothèses prudentes – rarement en votre faveur.

    Comment un bon rapport locatif améliore votre capacité d’emprunt ?

    La plupart des banques appliquent une règle simple : elles intègrent une partie des loyers dans vos revenus, souvent à hauteur de 70 % (parfois 80 % à 90 % pour les très bons dossiers ou les profils de bailleurs expérimentés).

    Si vos biens sont correctement présentés et que leurs charges sont bien maîtrisées, le banquier peut :

  • Considérer que vos investissements ne dégradent pas votre taux d’endettement, voire l’améliorent ;
  • Accepter un nouvel emprunt en s’appuyant sur la dynamique de votre patrimoine locatif ;
  • Vous positionner comme un client “investisseur” à suivre, plutôt que comme un dossier limite.
  • À l’inverse, si votre rapport locatif fait apparaître :

  • plusieurs biens en déficit mensuel marqué ;
  • des loyers incertains ou fragiles ;
  • des charges mal maîtrisées ;
  • la banque peut considérer que vos investissements sont un risque supplémentaire. Et donc réduire drastiquement le montant du nouveau prêt, ou vous demander davantage d’apport.

    Quelques exemples concrets pour mieux visualiser

    Exemple 1 : Investisseur structuré

    Marie possède deux T2 en location nue, dans une ville moyenne. Elle prépare un rapport locatif simple :

  • Bien A : loyer 600 € HC, mensualité 420 €, charges non récupérables 60 € → cash-flow +120 €.
  • Bien B : loyer 550 € HC, mensualité 380 €, charges non récupérables 70 € → cash-flow +100 €.
  • Elle joint à son rapport :

  • Les baux ;
  • Les tableaux d’amortissement ;
  • La taxe foncière ;
  • Une synthèse globale montrant un cash-flow positif d’environ 220 €/mois.
  • La banque voit immédiatement que ses biens sont légèrement générateurs de revenus, que les charges sont intégrées et que les loyers sont réalistes. Sa capacité d’emprunt pour un troisième bien est renforcée.

    Exemple 2 : Investisseur approximatif

    Paul présente :

  • Un bien acheté cher dans une grande ville, loyer 800 €, mensualité 950 € ;
  • Il n’indique ni taxe foncière, ni charges de copropriété, ni vacance locative.
  • Sur le papier, il affirme que “ça se paie presque tout seul, je rajoute 150 €”. La banque, en reprenant les chiffres, constate en réalité :

  • Taxe foncière 900 €/an (75 €/mois) ;
  • Charges de copropriété non récupérables 50 €/mois ;
  • Vacance locative moyenne 1 mois tous les 3 ans (soit environ 22 €/mois).
  • Le bien coûte finalement plus de 200 € par mois à Paul. Le banquier revoit à la baisse sa capacité d’endettement.

    Rapport locatif : un outil pour la banque… et pour vous

    Préparer un rapport locatif, ce n’est pas seulement “faire plaisir au banquier”. C’est aussi :

  • un moyen de reprendre la main sur vos chiffres ;
  • une façon d’identifier les biens réellement performants et ceux qui vous coûtent cher ;
  • un support pour arbitrer : conserver, renégocier, vendre, rénover, changer de stratégie de location, etc.
  • Un investisseur qui met à jour son rapport locatif chaque année voit très vite :

  • si la fiscalité commence à peser trop lourd ;
  • si certains biens deviennent moins pertinents ;
  • si un nouveau projet est raisonnable ou s’il met en péril l’équilibre global.
  • Au moment de solliciter un prêt, ce travail préparatoire vous permet de discuter d’égal à égal avec le conseiller. Vous ne subissez plus le diagnostic de la banque, vous arrivez avec votre propre analyse, argumentée et chiffrée.

    En résumé, un rapport locatif bien construit :

  • rassure la banque ;
  • valorise votre profil d’investisseur sérieux ;
  • améliore vos chances d’obtenir un financement dans de bonnes conditions ;
  • vous aide à piloter intelligemment votre patrimoine immobilier.
  • La forme compte, mais le fond reste essentiel : des chiffres cohérents, réalistes, sourcés. Si vous deviez retenir une seule règle pour votre rapport locatif, ce serait celle-ci : mieux vaut un scénario prudent et crédible qu’un scénario brillant mais fragile. C’est exactement ce que les banques attendent d’un investisseur qu’elles vont accompagner sur le long terme.